Alfred Dreyfus

Publié le par CERCLE SAINT-PIERRE

« L’affaire » vue par Alfred Dreyfus.

Par Nathalie Lacube.

Alfred Dreyfus en uniforme de lieutenant, entre 1882 et 1889. Niels Forg / MAHJ.

L’exposition « Alfred Dreyfus. Vérité et justice » au Musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris renouvelle l’historiographie sur l’officier injustement condamné sous la IIIe République. Dense et riche de documents familiaux, elle illustre le courage et la rectitude morale du capitaine Dreyfus.

Tout est affaire de regards dans l’exposition « Alfred Dreyfus. Vérité et justice » que présente le Musée d’art et d’histoire du judaïsme (Mahj), à Paris, jusqu’au 31 août. Avant tout, le regard d’un homme victime d’un crime judiciaire qui ne l’a pas broyé en dépit des souffrances endurées. Des yeux clairs fixant l’objectif des photographes avec une solidité inébranlable au fil des portraits présentés.

Qu’il s’agisse de clichés de jeunesse montrant un élève en uniforme dans son collège militaire, un polytechnicien bien noté, un brillant officier d’état-major ou des photos prises lors de son procès « pour trahison » en 1894 et sa condamnation au bagne, ou encore des derniers portraits montrant un vieux monsieur digne, Alfred Dreyfus reste le même homme. Ses perceptions, autant que les regards des différents protagonistes de « l’Affaire », donnent une densité particulière à l’exposition du Mahj.

Une mémoire familiale autant que nationale

Politique autant qu’intime, le parcours cerne Alfred Dreyfus au plus près. Il s’enrichit de documents apportés par ses descendants, dont son petit-fils Charles Dreyfus et ses arrière-petits-enfants, Michel et Cécile. Présents tous les trois à la visite inaugurale, ils ont été associés au travail des deux commissaires, Isabelle Cahn, conservatrice au Musée d’Orsay, et Philippe Oriol, directeur scientifique de la Maison Zola-Musée Dreyfus à Médan.

D’Alfred Dreyfus, l’histoire a retenu quelques faits marquants : une naissance en 1859 dans une famille juive alsacienne, une condamnation « pour haute trahison », douteuse dès le verdict en 1894, la dégradation publique en 1895 et le bagne à l’île du Diable où il restera cinq ans. Dès 1896, le lieutenant-colonel Picquart et le journaliste Bernard Lazare engagent le combat pour prouver son innocence.

L’Affaire, durant laquelle s’exprime un antisémitisme virulent, divise profondément la France entre dreyfusards et anti-dreyfusards, camp dans lequel La Croix s’était rangée alors. Elle trouve son paroxysme avec la publication de « J’accuse… ! » par Émile Zola le 13 janvier 1898 dans L’Aurore. Elle se conclut avec la grâce en 1899, suivie de la réhabilitation d’Alfred Dreyfus en 1906. Mais ne s’éteint pas après son décès en 1935. « C’est la revanche de Dreyfus ! », s’écrie Maurras le 27 janvier 1945, en apprenant sa condamnation à l’indignité nationale et à la réclusion à perpétuité.

Lucie Dreyfus, la force d’âme d’une épouse

L’exposition renouvelle l’historiographie sur cette crise majeure en soulignant la force d’âme d’un homme en lutte pour des valeurs. Les images, dont le dessin Le Traître. Dégradation d’Alfred Dreyfus, paru dans Le Petit Journal, le montrent raide et froid, comme indifférent alors qu’un officier brise son épée. Ses contemporains, même dreyfusards, évoquent son stoïcisme glacé. « Il n’avait aucune affinité avec son affaire » et « ne l’avait pas comprise », écrira même Léon Blum.

Imprimés sur les murs du musée, les écrits de Dreyfus, journaux intimes, lettres, carnets, clament le contraire. D’abord, ce patriote victime d’un déferlement de haine est assommé. « Il me semblait que j’étais le jouet d’une hallucination. » Ensuite, le militaire dont des fragments de galons d’uniforme arrachés lors de sa dégradation sont exposés, subit une « angoisse atroce ». Il cogne sa tête contre les murs de sa cellule. « Après ma condamnation, j’étais décidé à me tuer ; eh bien si j’ai été au supplice c’est grâce à Mme Dreyfus qui m’a indiqué mon devoir et m’a dit que si j’étais innocent, pour elle et pour mes enfants, je devais aller au supplice la tête haute. »

« Il faut que tu vives », a écrit Lucie Dreyfus à son mari, en 1894, dans une lettre dont on peut entendre une lecture. On découvre alors, dans les temps les plus forts de l’exposition, l’officier juif conscient de la force symbolique de son combat. « Haut la tête et regarde le monde en face. Fort de ta conscience marche droit et relève-toi », écrit l’homme à qui sa femme a défendu de mourir avant que justice ne soit rendue. Alfred Dreyfus jette toutes ses forces dans le combat mené par Zola et tant d’autres en son nom. « Mon cœur ne sera apaisé que lorsqu’il n’y aura pas un Français qui m’impute le crime abominable qu’un autre a commis. »

Source : LACROIX

Publié dans Divers

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