Notre Dame de Bon Voyage
/image%2F0485416%2F20260917%2Fob_b76d18_nd-de-bon-voyage.jpg)
N.D. LA LUENCHO !
...« L'an 1582 (huitante deux) et le 28me jour du moys de janvier, constituées en leurs personnes par devant Moy, notaire royal... honnêtes femmes : Jehanne Reynarde, femme de Victor Blanc, Catheryne Bertrande, femme de Pierre Malbert, Magdalène Barthelemiyène, femme de Jacques Robaud, et Françoise Rambert femme de Pierre Tapan, du présent lieu d'Auriol, prieuresses de la lumynaire NOSTRE DAME cellebrée en l’Église dudit Auriol… »
Voilà, Mesdames ! vous savez que c'est vous, ou plutôt vos aïeules d'il y a 400 ans qui êtes à l'origine de N.D. de BON VOYAGE, comme on dit aujourd'hui ! Les « dames du temps jadis » pouvaient prendre des initiatives, avec la permission sans doute de leur mari.
...« lesquelles, au nom de la d. lumynaire, avec toutefois licence de leurs marys... ont remis à prix-fait à Claude Giraud, maître masson du lieu de la Cadière, la somme de dix-huit escus sol, la moitié incontinent, et l'autre moitié, comme sera faicte et parachevée ladite besougne... »
(De quelle besogne, s'agit-il ?)
« C’est de faire et parfaire bien pleinement une CHAPPELLE dans la terre des frères de feu Antoine Suzanne, assise au terroir d'Auriol, dans laquelle est l'ORATOIRE qu'on appelle N.D. des TROYS OMBRES, à la ROGUIERE… »
Tiens ! avant 1582, il déjà là un simple oratoire, et c'est lui on le comprend qui donne son nom au quartier ; la ROGUIERO : là où l'on prie - rogations comme la CADIERO, citée plus haut : là où l'on assied !
La glacière ? !... elle ne viendra qu'un siècle plus tard, puisque c'est le 24 juillet 1695, que fut décidée sa construction ; et, le 3 mai 1703, en effet, l'exploitation de cette glacière communale est mise aux enchères, sur le prix de 4 deniers la livre.
...« Laquelle chappelle sera de largeur 14 pans de front, et de longueur 3 cannes ; et les murailles seront de l’hauteur de 2 cannes, sans y comprendre la crotte (sans compter la voûte) ; et de 2· pans d'épaisseur... au devant, il fera un arquet (un cintre) de pierre assemblée… »
(ici, consultons un expert, M. M.J. Roubaud : « la canne, à Roquevaire, valait 2,0567 m ; à Marseille, 2,0127 m ; mais à Auriol, on avait adopté la mesure d'Aubagne : 1,9887 m. Et, comme le pan était le huitième de la canne, il valait ici 0,2486 m ». Ce qui ferait, pour notre chapelle, environ 3,50 m de large, 6 m de long et 4 m de haut... Et bien, prenez le mètre, mesurez : c'est exactement toujours les mêmes dimensions, sauf pour la hauteur, où le sol a été relevé de 0,50 m et cela se voit bien par rapport à la route. C'est toujours la même chapelle, sauf la façade rehaussée plus tard).
…« plus, faira le couvert de la chappelle à crotte crossière, (en voûte à croisillons) ; on y fera deux crossières de gipperye. Plus, Calladera (vous voyez !) et y faira un benethyer de pierre taillée et choisie » (encore là ! de même que les 2 crossières, ou carrés de voûte à arcs qui se croisent).
...« avec pache que les d. prieuresses seront tenues de faire avoir pierres, chaux, arène (sable.), gip, (plâtre), tuiles, lignes, (bois)… et licence de pouvoyr coupper deux pins dans le defvens de la Lare, pour faire cintres et autres fustinages servant à faire estagières. (il y en a encore une à droite supportée par une naïve tête d'ange).
...« Ainsy l'ont juré l'une après l'autre, aux saints évangiles de Dieu, touchant les scriptures de leurs mains dextres... Faict et passé aud. Auriol et dans la maison d'habitation du d. Pierre Tapan... » (en 1965, les terrains adjacents sont toujours aux Tapan !).
Mais qu'est-ce que ces prieuresses » ? Voilà :
Depuis ses origines, avant 1044, l'église paroissiale était appelée « église Sainte Marie paroissiale » devenue ensuite dans le parler courant, N.D. de 3 ormeaux, puis « N.D. des 3 ombres ».
Le 26 octobre 1407, Bertrand Bompar avait eu l'idée de fonder une chapellenie au maître autel de N.D. des 3 ombres, laissant ainsi des biens pour entretenir un prêtre, un chapelain, qui seconderait le vicaire et ses deux secondaires. Ce sera la grande chapellenie, quand le 28 octobre 1551, un autre riche et pieux Auriolais, Bertrand Steyir, fondera à son tour, la petite chapellenie à N.D. des 3 ombres, mais cette fois-ci, à la Roguière, à l'oratoire existant et sans doute consacré à l’Annonciation, à en juger par les très anciennes statues polychromes de la vierge lisant la Bible, ravissante, et de l'archange Gabriel, beau jeune homme !
Tandis que pour la grande, c'était des prieurs qui administraient, pour gérer les biens de celle-ci, c'était des prieuresses : voilà, mesdames, la Charte d'or de votre entrée dans la vie publique, à Auriol !
Cette chapelle, éloignée de la ville (N.D. la LUENCHO, la lointaine), elle était gardée par un ermite, qui vivait d'aumônes et jouissait d'une sainte réputation ; quand survinrent la peste et la famine de 1580, il disparut, sans doute pour ne pas importuner dans la misère commune. Désolés de la perte du saint homme, les Auriolais s'adressèrent aux consuls pour le réclamer. Il fut ordonné « de le chercher partout, à cause, est-il dit, de sa sainteté, pour le prier de retourner à son ermitage » (délibération du 3 août 1581).
La nouvelle chapelle fut terminée avant terme, le 25 février 1584, mais l'ermite était-il revenu ? Sans doute, mais plus tard, car le 30 janvier 1611, le conseil communal vote « un crédit de 30 livres, pour participer (sans doute, une subvention aux prieuresses) à la construction, auprès de la chapelle de N.D. des 3 ombres, d'une maison pour frère Simon, ermite ».
AURUOU - La voix de Saint-Pierre - mai 1965
/image%2F0485416%2F20260919%2Fob_5c2247_chapellendbv.jpg)