Avons-nous besoin des anges dans notre vie de foi ?

Publié le par CERCLE SAINT-PIERRE

Plusieurs livres à la rentrée viennent s’ajouter à une bibliographie sur les anges déjà bien fournie. Le succès des anges dans certains milieux ésotériques appelle en effet les catholiques à toujours mieux préciser et expliquer ce qu’ils représentent pour l’Église et les fidèles.

Mosaïque représentant saint Michel sur la façade de l’église orthodoxe serbe de Trieste (Italie). images and videos -

Les catholiques doivent-ils croire aux anges ?

Sur Instagram, entre une invitation à « découvrir ton ange gardien derrière ton signe astrologique », des témoignages de rencontres avec des anges et un mode d’emploi pour « se connecter à ses guides », le père Jean-Baptiste Bienvenu, du Padreblog, l’affirme : « Les anges sont partout. »

Les chrétiens doivent-ils croire aux anges ? Dans le Vocabulaire de théologie biblique, publié en 1969, les théologiens Pierre-Marie Galopin et Pierre Grelot, après avoir longuement présenté ce que la Bible dit des anges, jugeaient bon de se demander « quel sens ont des représentations qui sont largement empruntées au monde païen ambiant (Babylone notamment, NDLR) et qui traduisent des éléments périphériques du message biblique ». Des propos qui reflétaient alors une certaine désaffection des chrétiens de l’époque pour le monde angélique.

L’existence de ces « êtres spirituels, non corporels », est pourtant « une vérité de foi » (Catéchisme de l’Église catholique, 328). Le Credo confesse un Dieu créateur « de l’univers visible et invisible ». « Je crois aux anges, explique le père Pierre Doat, recteur du sanctuaire du Mont-Saint-Michel, auteur des Anges en 50 questions, paru aux éditions Salvator (août 2026). « D’abord parce que ces créatures sont très souvent mentionnées dans la Bible, 400 fois environ. Et parce qu’en théologie, le monde invisible est peuplé non pas par Dieu, qui l’a créé en dehors de lui, mais bien par les anges et par les âmes des défunts. »

Que dit la Bible à propos des anges ?

L’Ancien Testament les présente comme des serviteurs de Dieu. Il en fait « sa monture » (Ps 17, 11), ils lui servent de gardiens, tirent son char, chantent sa gloire… Ils portent ses messages : « Les anges ne sont-ils pas tous des esprits chargés d’une fonction, envoyés pour le service de ceux qui doivent avoir en héritage le salut ? », demande l’auteur de la Lettre aux Hébreux (1, 14). Ils sont chargés d’expliquer aux prophètes Ézéchiel et Zacharie le sens de leurs visions.

Les anges ont tous une mission. Angelos veut dire « messager » en grec, tout comme mal’hak en hébreu. Leur nom ne désigne donc pas leur nature, mais leur fonction. « D’après ce qu’il est, c’est un esprit, d’après ce qu’il fait, c’est un ange », écrivait saint Augustin dans le commentaire du Psaume 103. La Bible a donné un nom particulier à seulement trois d’entre eux, qui caractérise leur action : dans le livre de Tobie, Raphaël est « Dieu qui guérit », dans le livre de Daniel, Gabriel est le « Héros de Dieu ». Michel veut dire « Qui est comme Dieu ? », selon les mots qu’il aurait criés à Satan d’après le livre apocryphe d’Hénoch, pour lui signifier que personne ne peut égaler Dieu.

Saint Michel Archange terrassant le dragon, tempera sur panneau, d’Ambrogio Lorenzetti (1330), musée municipal d’archéologie, Asciano (Italie). Ghigo Roli / Bridgeman Images

Michel est « le chef des anges » (Dn 12, 1) et de l’armée divine. Le peuple juif est sous sa protection. Plus tard, le royaume de France, comme bien d’autres communautés politiques, villes ou régions, se placera longtemps sous son patronage (2).

Quelles relations les anges ont-ils avec les humains ?

Les anges sont des intermédiaires entre Dieu et l’humanité. « Pour transmettre la vie, pour nous montrer son amour, Dieu passe toujours par des intermédiaires, les hommes bien sûr, mais aussi les anges », affirme le père Pierre Doat. À la différence des défunts, qui intercèdent pour les hommes auprès de Dieu, les anges, eux, peuvent aussi intervenir dans le monde visible. Dans la Genèse, c’est un ange qui arrête la main d’Abraham, prêt à sacrifier son fils (Gn 22, 1-12). Gabriel annonce dans l’Évangile la naissance de Jean-Baptiste et de Jésus (Lc 1, 19. 26). C’est encore un ange qui roule la pierre du tombeau de Jésus et annonce aux femmes sa résurrection (Mt 28, 2-7).

Jésus entretient avec les anges une grande proximité dans les Évangiles. Au jardin de Gethsémani, au seuil de la Passion, un ange descend du ciel pour le réconforter (Lc 22, 43). « C’est très touchant de penser que Jésus lui-même, dans son humanité, a eu besoin du secours d’un ange, alors qu’il devait se sentir abandonné du Père, et que ses Apôtres dormaient, estime Pierre Doat. Je pense que la certitude qu’il en a reçue, c’est d’être toujours dans la main du Père. »

Faut-il prier les anges ?

Dès l’aube du christianisme, l’Apôtre Paul a mis en garde contre un culte exagéré voué aux anges (Col 2, 18). La présence des anges « exige de notre part une révérence (…) qui n’est pas à confondre avec l’adoration », explique le Vocabulaire de théologie biblique. « Notre amitié avec les anges ne doit surtout pas se substituer à notre relation personnelle avec le Christ, avertit le recteur du Mont-Saint-Michel. Néanmoins, elle nous rendra plus disponibles, plus ouverts aux petites idées, aux petites images ou suggestions qu’ils placent dans notre esprit pour nous aider à nous tenir loin du mal. » Car le rôle de nos anges gardiens, notamment, n’est pas de nous protéger d’un danger matériel, même si certains font parfois l’expérience d’une sollicitude extraordinaire de leur part. « Prier mon ange gardien ne le rendra pas plus “efficace”. C’est sur moi-même que ma prière agit. »

Nous devrions toujours « devenir des anges les uns pour les autres »

« (Les anges) apportent Dieu aux hommes, ils ouvrent le ciel et ouvrent ainsi la terre. C’est précisément parce qu’ils sont auprès de Dieu, qu’ils peuvent être également très près de l’homme. En effet, Dieu est plus intime à chacun de nous que nous ne le sommes à nous-mêmes. Les anges parlent à l’homme de ce qui constitue son être véritable, de ce qui dans sa vie est si souvent couvert et enseveli. Ils l’appellent à rentrer en lui-même, en le touchant de la part de Dieu. Dans ce sens également, nous qui sommes des êtres humains devrions toujours à nouveau devenir des anges les uns pour les autres – des anges qui nous détournent des voies de l’erreur et qui nous orientent toujours à nouveau vers Dieu. »

Extrait d’une homélie du pape Benoît XVI (29 septembre 2007)

Par Christel Juquois

Source : LACROIX

Publié dans Religion

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