Jean-Claude Brialy

Publié le par CERCLE SAINT-PIERRE

Patrimoine : près de Meaux, la vie de château du comédien Jean-Claude Brialy.

Cécile Jaurès.

L’ancienne demeure du comédien, léguée à la ville de Meaux, garde l’empreinte de sa personnalité généreuse et non conformiste. Stephane Vallee / Ville de Meaux

L’ancienne demeure du comédien, à Monthyon en Seine-et-Marne, et son parc de 3 hectares gardent l’empreinte de sa personnalité généreuse et non conformiste. Photographies et objets évoquent les nombreuses figures qui défilèrent à sa table.

Dans la salle à manger du domaine de Monthyon, la table est dressée : assiettes de porcelaine fine, verres en cristal, argenterie, nappe en dentelle et même une bouteille de saumur blanc, dont l’étiquette porte le nom de l’hôte des lieux, semblent attendre les convives. Neuf personnes, pas une de plus compte tenu de l’exiguïté de la pièce, couverte du sol au plafond de boiseries Louis XV et d’un décor peint représentant un jardin avec une fontaine jaillissante. Sur un mannequin, un smoking Dior impeccablement repassé, Légion d’honneur agrafée à la poitrine, rappelle la silhouette de dandy de Jean-Claude Brialy.

Plus de 500 personnes reçues à sa table

Presque jusqu’à sa mort en 2007, à 74 ans, le comédien, metteur en scène et directeur de théâtre organisait, les week-ends, de copieux déjeuners et dîners aux chandelles. Ses « albums de réception » gardent la trace d’étonnants plans de table : le 13 juin 2004, Michel Serrault, Jean-Pierre Marielle, Jean-Pierre Cassel, mais aussi la chanteuse Régine et Renaud Donnedieu de Vabres, alors ministre de la culture et de la communication, se partagèrent un gigot d’agneau concocté par Blanche, la cuisinière du château pendant quinze ans.

Fidèle en amitié, Jean-Claude Brialy réunissait chaque année les épouses de ses copains disparus (dîner des veuves) ou ses ami(e) s du même signe astrologique (dîner des Bélier). On estime à plus de 500 le nombre de personnes reçues à Monthyon !

En 1959, l’acteur, pourtant allergique à la campagne, a un coup de foudre pour cette bâtisse du XVe siècle. Ville de Meaux

Le comédien avait acquis le domaine dès 1959, à seulement 26 ans. Après deux vertèbres cassées consécutives à une chute sur un sol gelé durant le tournage du Beau Serge, de Claude Chabrol, il se retrouve alité pendant des mois et cherche un lieu de convalescence. Des amis lui montrent les photos de l’élégante bâtisse du XVe siècle, devenue le relais de chasse d’un baron et philanthrope éclairé à l’époque des Lumières. Jean-Claude Brialy n’aime pas la campagne, mais il a un coup de foudre et emprunte à la banque ainsi qu’à trois copains cinéastes – Chabrol, Truffaut et Godard – les 20 millions d’anciens francs nécessaires. Lieu de sa renaissance physique, Monthyon devient son refuge pendant près d’un demi-siècle.

Label « maison des illustres »

Mis à part quelques travaux de rénovation essentiels, réalisés pour son ouverture au public, il y a deux ans, la maison de 500 mètres carrés est restée telle que l’a laissée son ancien propriétaire. Jean-Claude Brialy l’avait léguée à la ville de Meaux quelque temps avant sa disparition, transmettant l’usufruit à son compagnon décédé en 2021.

« À la différence d’un musée, où les objets sont enfermés dans des vitrines, nous avons voulu que le lieu, labellisé “maison des illustres” l’an dernier, reste vivant, que l’on y ressente sa présence chaleureuse », souligne notre guide, Jérôme Tisserand, adjoint au maire chargé de la culture et du patrimoine.

Les visiteurs déambulent désormais en petits groupes dans les pièces richement meublées, chargées des souvenirs de toute une vie. Dans le grand salon aux murs couleur ocre, un buste en bronze de Jean Marais grimé en fauve pour le film La Belle et la Bête (1946) trône sur la cheminée, non loin d’un dessin de Jean Cocteau. Près de la fenêtre, on découvre le piano que Jean-Claude Brialy avait acheté pour son amie Barbara, à qui il avait trouvé, en 1973, une maison à quelques kilomètres de là, à Précy-sur-Marne. La légende raconte qu’elle aurait composé sur ce quart de queue des années 1930 certaines de ses chansons.

Chinoiseries, angelots et statue de bélier

La décoration éclectique témoigne du goût de la mise en scène et de la curiosité d’esprit de cet esthète amateur. Semées dans les bibliothèques parmi les livres sur le cinéma et le théâtre (de Racine à l’intégrale de Sacha Guitry !), de nombreuses photographies rendent compte de son admiration pour Joséphine Baker, Gérard Philipe, Jean Gabin ou Jeanne Moreau, qu’il considérait comme sa marraine de théâtre.

Les souvenirs de l’artiste côtoient les objets chinés toute sa vie. Ville de Meaux.

Les tables basses, les commodes et jusqu’au sol sont recouverts d’innombrables objets et bibelots insolites : chinoiseries en porcelaine bleu et blanc, angelots en plâtre, statue de bélier quasi grandeur nature, mais aussi des collections de carafes, de vases, de céramiques en forme d’oiseaux exotiques, de chats ou de petites chaussures ! « Nous n’en avons pas encore réalisé l’inventaire complet », reconnaît Jérôme Tisserand, qui décrit Jean-Claude Brialy comme un « chineur compulsif » écumant les brocantes de la région, recevant des antiquaires au château et stockant des petits cadeaux pour offrir à ses amis.

Souvenir de Romy Schneider

L’artiste, brouillé depuis l’adolescence avec ses parents (son père militaire n’accepta ni sa vocation ni son homosexualité), s’est reconstitué une famille de cœur dont les pièces à l’étage conservent la trace. La « chambre des sœurs Dorléac », aux murs tendus de toile de Jouy aux délicates fleurs roses, évoque son amitié avec Catherine Deneuve et Françoise Dorléac, dont le tempérament fantasque et l’intelligence vive le fascinaient. La fenêtre offre une vue imprenable sur le jardin à la française et ses alignements d’ifs taillés en cloches, puis au loin sur les champs de blé de la plaine agricole, où se trouve la tombe du poète Charles Péguy, un de ses auteurs préférés.

La chambre adjacente, tapissée de velours rouge et de portraits d’enfants, ranime le souvenir tendre de Romy Schneider, qu’il rencontra en 1957. Dans un mot encadré sur le bureau, l’actrice franco-allemande l’appelle « papa chéri », et c’est dans ses bras affectueux qu’elle vint chercher du réconfort après la mort de son fils en 1981. Dans une pièce voisine, ouverte à la visite cette année, une exposition temporaire revient sur des moments clés de sa carrière : photographies de L’important c’est d’aimer ou D’une histoire simple, scénario de La Banquière, ainsi que ses deux Césars, prêtés par sa fille Sarah Biasini. En septembre, ce sera au tour d’Alain Delon d’être ainsi mis à l’honneur.

Désormais rattaché à la cité épiscopale de Meaux, le domaine de Monthyon se veut également un lieu d’accueil pour les artistes d’aujourd’hui, afin de respecter les volontés testamentaires de Jean-Claude Brialy. Aménagé dans une dépendance du château, le théâtre Les Petits Bouffes, en référence aux Bouffes parisiens qu’il dirigea pendant vingt ans, accueille depuis l’an dernier des compagnies pour leurs créations et répétitions. À plus long terme, l’ancienne piscine située en contrebas du domaine devrait être transformée en lieu de résidence. Une « roseraie des illustres » est aussi en cours de création. Chaque variété plantée symbolisera une amitié ou un fragment de vie de cet homme aux multiples facettes.

Source : LACROIX

Publié dans Divers

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