Portable au travail

Publié le par CERCLE SAINT-PIERRE

Portable au travail : quand son « hyper-utilisation » inquiète les entreprises.

Grégoire Mothe.

Le groupe mutualiste Pro BTP publie un sondage réalisé auprès de 500 dirigeants d’entreprise. Les chiffres montrent une grande inquiétude vis-à-vis de l’« hyper-utilisation » des smartphones personnels, avec à la clé des problématiques de productivité, d’ambiance au travail et de sécurité.

D’après ce sondage, près de 100 % des dirigeants se disent « préoccupés » par l’utilisation des smartphones, et quatre entreprises sur dix ont déjà pris des mesures de régulation, voire d’interdiction. Deligne

Qui n’a jamais interrompu son ouvrage pour regarder une notification sur son téléphone ? Les smartphones font aujourd’hui tellement partie de nos modes de vie que nous avons pris l’habitude de les consulter à tort et à travers. Parfois pour des raisons impérieuses, le plus souvent pour des raisons futiles…

Et si consulter compulsivement ses réseaux sociaux ou ses messages quand on est dans son salon porte rarement à conséquence, cela peut devenir beaucoup plus problématique dans le cadre professionnel. C’est ce que suggère un sondage produit par le groupe mutualiste Pro BTP en partenariat avec l’Ifop, paru mercredi 18 juin.

100 % des dirigeants préoccupés par l’utilisation des portables

« On ne s’attendait pas à des résultats aussi prégnants », pose son directeur général, Hervé Naerhuysen. Baptisé USPE pour « Usage du smartphone personnel en entreprise », le sondage réalisé auprès de 500 dirigeants, tous corps de métier confondus, montre une grande méfiance à l’égard des téléphones portables personnels dans le cadre professionnel : près de 100 % des dirigeants se disent « préoccupés » par leur utilisation, et quatre entreprises sur dix ont déjà pris des mesures de régulation, voire d’interdiction.

En 2024, Pro BTP publiait déjà une première étude réalisée auprès de ses adhérents. Celle-ci avançait des résultats inquiétants : 57 % des adultes présenteraient un « usage compulsif de leur smartphone » , dont 38 % « proche de l’addiction ». Et c’est pour évaluer cet effet dans le monde professionnel que l’étude USPE a été lancée.

Sécurité au travail

Elle évoque une « hyper-utilisation » aux conséquences néfastes, pour la qualité du travail par exemple. Selon l’étude USPE, 86 % des dirigeants estiment que les smartphones personnels nuisent à la productivité des salariés. Si les effets précis sont difficiles à évaluer, la distraction provoquée par la consultation régulière de son smartphone provoque immanquablement des déconcentrations, et donc des erreurs potentielles.

Ces déconcentrations peuvent même conduire à des accidents, ce qui pose la question de la sécurité au travail. Directeur général de la SNIE, une entreprise d’électricité spécialisée dans le BTP, Joël Chêne y est particulièrement sensible. « Sur les chantiers, il y a une exposition aux risques accrue, souligne-t-il. On ne peut pas se permettre de se laisser distraire par des notifications. » Les mêmes problématiques se posent dans l’industrie ou bien pour les conducteurs de poids lourds ou de transports en commun par exemple.

Autre sujet : la dégradation des relations au travail. Hervé Naerhuysen l’illustre ainsi : « Avec le télétravail, les gens se voient déjà moins… et s’ils sont sur leur portable pendant les réunions, ils ne sont pas vraiment là non plus ! »

Les entreprises ont du mal à trouver un cadre

Malgré ces observations, les entreprises ont du mal à poser un cadre sur ce sujet émergent. D’un point de vue juridique, il n’existe pas de solutions miracles à appliquer partout. « L’entreprise peut mettre en place des règles claires dans son règlement intérieur ou via des notes de service, explique Sandrine Losi, avocate associée du cabinet d’avocats Capstan. Il faut évidemment tenir compte du secteur d’activité, des corps de métier. Il n’y aura pas les mêmes règles pour un salarié de bureau que pour un manipulateur de machines dans une usine. Il faut qu’elles soient nécessaires et proportionnées aux risques courus, au but poursuivi. »

De plus, l’intégration des smartphones dans le monde du travail et dans nos vies rend le sujet délicat. « On est dans un paradoxe, reconnaît Joël Chêne. Sur les chantiers, nos employés disposent d’applications pour passer leurs commandes de matériel ou faire le suivi de leurs tâches. Mais on leur demande également de se méfier des écrans. »

Mieux séparer vie privée et professionnelle

Pas facile, d’autant que la question vient percuter celle du droit à la déconnexion numérique. « Les manageurs sont les premiers à envoyer des SMS à tout moment de la journée, parce que ça va plus vite. Il faut sortir de la culture de l’immédiateté », expose Cyril Chabanier, président du syndicat chrétien CFTC, tout en convenant dans le même temps que les smartphones sont très pratiques pour demander une information en temps réel, ou chercher un renseignement en ligne.

 « Le temps de travail doit être consacré à l’activité professionnelle », tranchent quant à eux Hervé Naerhuysen et Sandrine Losi. Un travail de pédagogie et de dialogue est donc à lancer au cas par cas. Un travail à mener par les manageurs, en concertation avec les salariés. « Il faut de l’exemplarité à tous les niveaux, souligne Cyril Chabanier. Il faut trouver les bonnes solutions grâce à un dialogue social mené en bonne intelligence, en fonction des milieux professionnels et des entreprises. »

Repères - Un ressenti très négatif

- 86 % des dirigeants d’entreprise interrogés dans l’étude USPE s’estiment préoccupés par un impact négatif sur la qualité du travail des salariés, 83 % sur les relations au travail et 78 % sur la sécurité des salariés et des données.
- 76 % ont déjà observé au moins un impact négatif sur le collectif, 6 entreprises sur 10 ont observé cet impact sur l’ambiance lors des pauses quotidiennes (café, déjeuner…).

- 51 % ont fait l’expérience de difficultés remontées par les manageurs à cause de smartphones, dont un tiers ont des difficultés à aborder le sujet avec les collaborateurs.

Source : LACROIX

Publié dans Divers

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