Canicules, incendies, crues…

Publié le par CERCLE SAINT-PIERRE

Canicules, incendies, crues… Pourquoi le castor est notre allié face au changement climatique.

Par Charlotte de Frémont.

Pour pallier les effets du changement climatique, dont la troisième vague de chaleur qu’affronte la France en août 2026 en est l’exemple, le castor serait notre allié. Dan Pepper / Stock.adobe.com

Alors que la France est frappée par une sécheresse de grande ampleur, un animal insoupçonné s’avère être un allié face au changement climatique : le castor. Ses barrages pourraient transformer notre rapport aux incendies et aux crues.

Une nouvelle journée étouffante. Alors, la France subit toujours sa troisième vague de chaleur de l’été. Soixante-douze départements sont en situation de « crise » au regard de la sécheresse, et plus de 1 300 cours d’eau présentent des ruptures d’écoulement ou des assecs. Face aux effets du changement climatique, un allié étonnant se trouverait dans la nature : le castor.

« Cette idée nous vient du Canada des années 1930, déjà en proie à des mégafeux destructeurs », explique Rémi Luglia, historien, président de la Société nationale de protection de la nature et auteur de Vivre en castor. Histoires de cohabitations et de réconciliation (Quae, 2024).

À cette époque, le défenseur de l’environnement Eric Collier obtient du gouvernement canadien qu’une famille de castor soit réintroduite dans une vallée asséchée de Colombie-Britannique. « Les résultats sont flagrants : l’eau revient et le nombre d’incendies diminue », relève Rémi Luglia. Mais ce n’est que depuis une dizaine d’années, avec l’intensification des phénomènes climatiques extrêmes, que le rôle du mammifère semi-aquatique est mis en avant en France.

Un levier face aux feux de forêts

« C’est un formidable ingénieur des écosystèmes », souligne Rémi Luglia. Strictement herbivore, le castor a besoin d’une vaste zone humide autour du cours d’eau pour que les iris, roseaux, peupliers ou saules dont il se nourrit poussent. Pour l’aménager, il construit un barrage qui freine le débit en amont et favorise l’étalement de la rivière. « Ce stockage à un double effet : créer un îlot de fraîcheur et un refuge pour la biodiversité lors des grandes chaleurs et, pendant les crues, limiter l’écoulement en aval », détaille-t-il.

Une étude canadienne démontre ainsi que, en période de sécheresse, les zones humides abritant des castors conservaient environ 60 % plus d’eau que lorsqu’ils en étaient absents. Leur barrage en bois filtre également une grande quantité de sédiment, et contribue au remplissage des nappes phréatiques – « à l’inverse de ceux construits en béton » pointe Rémi Luglia. « Et tout ça gratuitement ! », s’exclame-t-il.

En République tchèque par exemple, une famille de castor a spontanément construit en 2025 une série de barrages, là où étaient prévus des travaux de génie civil. Résultat : un bilan carbone nul et 30 millions de couronnes tchèques (environ 1,2 million d’euros) économisés par l’État.

La « méthode castor » peut aussi être un levier face aux feux de forêts. « L’incendie empruntant la voie de la moindre résistance, les zones humides que ces rongeurs créent sont des pare-feu naturels », poursuit l’historien. En 2020, la scientifique américaine Emily Fairfax étudie cinq grands feux aux États-Unis et parvient à la conclusion que les incendies endommagent jusqu’à trois fois moins les berges des rivières où le castor est présent. Ces animaux favoriseraient ensuite le retour des essences d’arbre natives, comme le saule et le peuplier.

Améliorer la cohabitation

Mais pour voir de réels effets à l’échelle de la France, « une seule famille de castors ou un barrage construit par endroits ne suffisent pas, il faut un effet de massification », nuance Rémi Luglia. Or, le rongeur – intensivement chassé pour sa fourrure et sa viande – avait pratiquement disparu de l’Hexagone il y a un siècle. D’abord protégé dans le Sud-Ouest en 1909, puis sur l’ensemble du territoire en 1968, il a fait l’objet d’opérations majeures de réintroduction dans les années 1970.

En cinquante ans, son aire de répartition se démultiplie. Aujourd’hui, entre 20 000 et 30 000 castors peuplent à nouveau les rivières françaises, et environ 1,5 million d’individus sont présents en Europe. « Je connais même une famille qui s’est établie dans le centre de Lyon, se réjouit le spécialiste. Ce sont des animaux résilients, capables de se réinstaller dans un paysage entre-temps artificialisé et anthropomorphisé. »

Le retour de ces mammifères moustachus donne néanmoins du fil à retordre aux agriculteurs et aux municipalités. Leurs travaux bouchent parfois les évacuations ou inondent les champs environnants, provoquant des pertes économiques. « Cela peut également poser des difficultés pour ceux possédant des arbres fruitiers ou des peupleraies », que taillent les rongeurs, ajoute Rémi Luglia. Surtout que toutes les mesures de protection des récoltes, coûteuses, sont à la charge des propriétaires et qu’il n’existe aucun régime d’indemnisation des dégâts.

Afin de gérer ces conflits, le réseau Castor, créé en 1987 par l’Office français de la biodiversité (OFB), accompagne et conseille les exploitants qui subissent ces dommages. Un plan national d’action, auquel participe Rémi Luglia, est en cours d’élaboration. « On doit améliorer la cohabitation avec le castor, trouver des solutions pour qu’in fine la situation soit bénéfique à la communauté », résume-t-il.

Source : LACROIX

Publié dans Divers

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