La condition des femmes et leur engagement dans la société

Publié le par CERCLE SAINT-PIERRE

Illustration : Annie Élain

Conférence prononcée lors de l’Assemblée générale de NSAE « Voies de femmes et voix des femmes », le 3 mai 2025.

La condition féminine en France, comme ailleurs, a évolué et continue d’évoluer sous l’effet de deux forces :

Les conditions matérielles d’existence.

La femme voit la possibilité de s’émanciper à partir de la révolution industrielle qui apporte à la fois progrès technique et généralisation du salariat. La disparition presque intégrale de la nécessité de recourir à des travaux de force fait aussi partie de l’effacement de facteurs physiques qui ne permettaient pas aux femmes de se mesurer aux hommes. Ainsi bien entendu que tous les équipements ménagers et tous les services collectifs de type crèche ou école, qui allègent la charge de travail domestique et parental.

Les luttes des intéressées, mais aussi la réception de leurs demandes par les hommes. Dès l’origine le féminisme a été affronté à la question de la liaison du combat social et du combat féministe. Pour certaines les droits des femmes étaient naturellement inclus dans les droits des travailleurs. Pour la plupart des socialistes ou des marxistes fin 19e/début 20e, on s’occuperait d’elles quand les luttes, quand la révolution, auraient abouti…
Le féminisme a pris un tournant après la Deuxième Guerre mondiale quand on ne s’est plus contenté d’attendre la réalisation des promesses et que des femmes ont fait entendre des demandes spécifiques qui jusque-là avaient pu apparaître réservées à des privilégiées, des bourgeoises. Dans le même temps, la réflexion de Simone de Beauvoir et de bien d’autres a permit d’attaquer l’idée d’une « nature féminine » par essence.

Si on se place à présent sur le terrain, les acquis et des droits à conquérir :

De l’égalité formelle à l’égalité réelle ?

En France à la faveur des 30 Glorieuses, l’égalité formelle est réalisée avec le libre choix de l’activité professionnelle et l’ouverture d’un compte bancaire par l’épouse acquis en 1965, puis le partage de l’autorité parentale en 1970. Enfin, dans la décennie suivante, ce sont les acquis fondamentaux pour les femmes en matière de contrôle de leur corps.

Égalité professionnelle

L’accès des femmes au monde du travail depuis 50 ans a été massif, mais s’est porté principalement vers le bas de l’échelle sociale, essentiellement dans les emplois d’employées peu qualifiées.

Tous ces emplois féminins du service (sinon du « care ») ont des caractéristiques communes : ils ne sont pas mécanisables ni délocalisables, ils sont très faiblement syndiqués, peu visibles et moins payés.

Et pourtant…

Les filles ont un taux de réussite supérieur à celui des garçons. Plus souvent diplômées que les hommes, les femmes sont aussi bien insérées, mais occupent des emplois de moins bonne qualité et avec un salaire inférieur de 10 %.
On voit donc que les préjugés sexistes sont en partie intériorisés par les jeunes femmes dans leur orientation et freinent bien leur vie professionnelle dès avant la maternité !

Maternité/parentalité

La parentalité enferme hommes et femmes dans des rôles stéréotypés. Et si le siècle dernier a vu l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail, le corollaire logique aurait été d’obtenir un rééquilibrage de l’effort de travail domestique. Au lieu de cela, on a fait croire qu’il ne tenait qu’aux femmes de « tout avoir »… La maternité n’est pas un frein à la carrière, le sexisme l’est en revanche. Or les stéréotypes sexistes se renforcent avec la parentalité : aux mères, l’assignation au foyer, aux pères, le rôle de soutien de famille.

Congés à la naissance (maternité/paternité)
La femme enceinte a l’obligation de ne plus travailler pendant 8 semaines et a le droit de disposer de 16 semaines d’arrêt au total, contre 7 jours obligatoires pour le père et 28 jours d’arrêt au total. Cet écart et les perceptions stéréotypées ont conduit à faire peser sur les femmes l’idée que la parentalité et la grossesse sont un risque pour les employeurs.

Le congé parental : (env. 400 € à temps plein) peut être partagé entre les parents, mais n’a pas été un succès, car son montant est trop faible.

L’arrivée du premier enfant entraînerait une pénalité à long terme de la rémunération annuelle totale des mères de l’ordre de 30 %, alors qu’elle n’impacte pas le revenu salarial des pères

À l’issue des congés maternité et post-maternité, si la loi protège les salariées, dans les faits les discriminations sont courantes :  il leur faut encore slalomer entre les risques de discrimination à leur retour ou ceux pour leur carrière ; s’écarter ou être écartées des parcours de promotion en entreprise ; adapter leur temps de travail (pour plus de travail domestique gratuit à la maison)…

Les femmes paient le prix fort de leur maternité et à long terme. Elles sont la réponse gratuite au manque abyssal de places en crèche – 160 000 parents sont sans solution de garde.

L’écart de salaire entre les femmes et les hommes

Dans le secteur privé, les femmes gagnent 22 % de moins que les hommes en moyenne. Elles travaillent plus souvent à temps partiel et dans des métiers moins bien payés. Même en ne comparant que les salaires pour un même temps de travail, les femmes perçoivent encore 14 % de moins que les hommes. À temps de travail et poste équivalents, l’écart de salaire est de 4 %.

Dans la fonction publique, les femmes perçoivent une rémunération en moyenne 10,5 % inférieure à celle des hommes. Comme dans le secteur privé, elles sont sous-représentées parmi les plus hautes rémunérations.

Le travail domestique et parental

Plus les pères ont d’enfants, moins ils consacrent de temps aux tâches domestiques et parentales. De leur côté les mères voient leur temps consacré à ces mêmes tâches décupler. En dehors du temps de travail mesurable, il faut aussi parler de la « charge mentale » propre aux femmes.

L’aidance

Les femmes s’investissent davantage dans l’aidance que les hommes. À la retraite elles se retrouvent souvent dans la précarité.

Les séparations

Aujourd’hui en France, une famille sur quatre est une famille monoparentale, et 84 % d’entre elles ont à leur tête une femme. Si la garde alternée gagne du terrain, la résidence principale des enfants est en grande majorité fixée chez la mère, les pères étant très peu souvent demandeurs de la garde exclusive.

Après la séparation, les pensions alimentaires sont souvent impayées. C’est aux mères de se débrouiller alors qu’elles ont plus de difficultés vis-à-vis de l’emploi : elles sont plus souvent au chômage, subissent plus souvent du temps partiel, sont davantage en CDD.

Les retraites
En 2020, la pension de droit direct des femmes est de 1 154 euros et de 1 931 euros pour les hommes, soit un écart de 40 %. Avec les pensions de réversion, l’écart se ramène à 28 %. En cause d’abord, les inégalités salariales qui s’expliquent par le cumul de plusieurs facteurs : les femmes n’occupent pas les mêmes métiers que les hommes ; elles sont bien plus souvent à temps partiel ; elles bénéficient de moins de primes et leurs déroulements de carrière sont moins avantageux.

En plus des inégalités salariales, les contraintes familiales continuent à jouer en défaveur des femmes. Elles ont du coup des carrières beaucoup plus hachées, avec des temps d’interruption et/ou des temps partiels.

Le recul de l’âge de la retraite sera particulièrement difficile pour les senior·es précaires, celles qui attendent l’âge de départ à la retraite au chômage ou en inactivité.

Les aggravations dues aux régimes matrimoniaux et au système
fiscal pour les couples
On observe aussi que les écarts de patrimoine se creusent : les femmes sont moins en mesure d’épargner, elles sont moins nombreuses à posséder les logements.

Le bénévolat
À première vue, les femmes et les hommes bénévoles partagent des profils assez similaires : les catégories socioprofessionnelles « cadres » et « professions intermédiaires » y sont surreprésentées.

Il y a la même participation, mais le genre a un effet sur l’engagement bénévole des femmes et des hommes : aux femmes, le social, le caritatif, l’humanitaire et aux hommes le secteur sportif… Aux femmes, le service, aux hommes les responsabilités…

L’engagement politique 

Sauf de brefs épisodes au cours de la Révolution française et de la Commune, la participation effective des femmes à la vie politique dans notre pays a dû attendre la mise en place d’un droit de vote tardif, il y a tout juste 80 ans.

Or la parité semble à l’arrêt dans la représentation nationale : avec 36,1 % de femmes seulement parmi les députés élus en juin 2024, la diminution de leur représentation (pic à 39 % en 2017) se confirme.

La présence des femmes dans les assemblées est impactée par les règles de scrutin instaurées par plusieurs lois sur la parité votées depuis 2000 qui impose aux partis de présenter 50 % de candidats de chacun des deux sexes. Mais bien sûr on voit que dans les exécutifs la parité n’est pas exigée et que les femmes n’y occupent pas les fonctions les plus importantes.

Discussion sur la parité/le principe de la discrimination positive

Contraire au principe d’universalité, elle devrait être exceptionnelle et temporaire…

En conclusion

Revenons à la question du mouvement, des mouvements féministes actuels et de leurs luttes.

Dans une optique « lutte de classes » appuyée par certains syndicats, il reste un courant qui s’appuie principalement sur les revendications matérielles à satisfaire, sans les détacher d’une perspective globale. Plus récemment il s’est ouvert à la réflexion sur l’écologie et l’avenir de la planète.

En revanche des mouvements plus récents se sont centrés sur la sexualité et le lesbianisme, jusqu’à prôner parfois une sorte de guerre des sexes et même à en venir aux mains avec une fraction de la nébuleuse masculine ou trans « LGBTQI+ ».

Pendant les deux premières décennies du siècle, les courants en question se sont en outre affrontés régulièrement sur deux sujets importants ; le premier concerne la prostitution et la pénalisation des clients. Malgré la loi intervenue en 2016 (dont la validité a été reconnue par la CEDH en 2024), les représentants des « travailleur.e.s du sexe » se font encore entendre, mais la vraie difficulté est dans le trafic international et la misère plutôt que dans le droit à disposer de son corps…

Le second dossier sur lequel s’affrontaient les féminismes est celui du « voile islamique », que ce soit à l’école ou de façon plus large. La question a évolué avec l’arrivée des études intersectionnelles qui désormais associent les discriminations en fonction du sexe, d’une origine en rapport avec la colonisation et de la religion (islamique). Problématique qui a des raisons d’être, mais dont le prolongement dans le « wokisme » victimaire et communautariste ne peut satisfaire des républicains…

Évoquons enfin les problématiques qui dominent l’actualité médiatique aujourd’hui : celles du harcèlement et de la violence subie par les femmes, mais qui – malgré certains excès – a le grand intérêt de questionner la masculinité d’une façon inédite.

Monique Vézinet.

Sources : https://nsae.fr/2025/09/05/la-condition-des-femmes-et-leur-engagement-dans-la-societe/?utm_source=mailpoet&utm_medium=email&utm_source_platform=mailpoet&utm_campaign=newsletter-nsae_97

Publié dans Divers

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