La Bataille de Gaulle
Le réalisateur a pris le parti de faire du général de Gaulle, incarné par Simon Abkarian, une sorte de Don Quichotte qui se bat seul contre tous. Pathé distribution
Festival de Cannes 2026 : dans « La Bataille de Gaulle », un général inattendu et iconoclaste
Par Céline Rouden, envoyée spéciale à Cannes (Alpes-Maritimes)
Le premier volet de La Bataille de Gaulle, l’âge de fer, en salles le 3 juin 2026, a été présenté à Cannes le 20 mai en soirée de gala. Cette superproduction française en deux parties, centrée sur la période de la guerre, fait du chef de la France libre un personnage donquichottesque accentué par le jeu théâtral de Simon Abkarian. Au risque de dérouter.
La Bataille de Gaulle. L’âge de fer d’Antonin Baudry Film français, 2 h 40. Sélection officielle, hors compétition
Après Moulin par Laszlo Nemes, le Vichy et la collaboration d’Emmanuel Marre avec Notre Salut, un troisième film, hors compétition cette fois, vient revisiter la période de la Seconde Guerre mondiale, décidément très présente en ce moment au cinéma. Et pas des moindres puisque le réalisateur Antonin Baudry s’attaque à la statue du commandeur, celle du général de Gaulle, dans une épopée en deux parties sur les années de guerre dont la première a eu les honneurs du tapis rouge mercredi soir, avant sa sortie dans les salles le 3 juin.
Un écrin à la démesure de cette superproduction française produite par Pathé : six ans de travail, un budget annoncé à 74 millions d’euros, 148 jours de tournage, des milliers de figurants et un tournage épique qui aurait fait exploser la facture et les nerfs de certains membres de l’équipe. Avec pour ambition de rééditer le joli succès en salles du Comte de Monte-Cristo et ses près de 10 millions d’entrées. Et une projection à Cannes à la clé pour donner le coup d’envoi de la campagne promotionnelle.
Des partis pris intéressants
Le moins que l’on puisse dire est que le résultat est surprenant. À l’image du parcours atypique de son réalisateur, polytechnicien, diplômé de Normale-Sup, diplomate et ancien conseiller de Dominique de Villepin au ministère des affaires étrangères lors de la guerre en Irak, une expérience qu’il a ensuite racontée dans une bande dessinée, Quai d’Orsay, sous le nom d’Abel Lanzac. En 2015, ce passionné de cinéma démissionne de la présidence de l’Institut français où il vient d’être nommé pour réaliser son premier film, Le Chant du loup, qui rencontre un certain succès.
Dans la mise en scène de ce destin héroïque, Antonin Baudry a opté pour deux partis pris intéressants. Le premier est de s’inspirer de la biographie de l’historien britannique Julian T. Jackson (De Gaulle. Une certaine idée de la France) qui décale le regard et nous le dépeint du point de vue des Anglais. Face à un Churchill pragmatique dont la priorité est de faire entrer les Américains en guerre, ce général qui débarque tout seul à Londres et se déclare le seul représentant légitime d’une France qui refuse de capituler fait figure d’hurluberlu.
Un de Gaulle désacralisé
Le second parti pris qui découle du premier est d’en faire une sorte de Don Quichotte qui se bat seul contre tous, ne disposant au départ ni d’armes ni de troupes, mais porté par un idéal qui le dépasse et un culot invraisemblable. Avec son jeu saccadé et très théâtral, Simon Abkarian qui l’incarne en fait presque un personnage de bande dessinée, à la limite du burlesque. De ce point de vue, les tête-à-tête avec un Churchill (Simon Russell Beale) plus malicieux que jamais sont assez savoureux. Une façon assumée pour le réalisateur d’échapper à la solennité qui s’attache à la figure de Gaulle, mais qui peut finir par dérouter.
Le film prend son envol dans le récit souvent occulté de la bataille d’Afrique et la reconstitution réussie de la résistance des troupes de la France libre menées par le capitaine Koenig (Benoît Magimel) à Bir Hakeim face à Rommel. Une deuxième ligne scénaristique suit le destin d’un jeune résistant parisien, qui participe à la manifestation étudiante du 11 novembre 1940 contre les Allemands et rejoindra deux ans plus tard la grande histoire en devenant l’assassin de Darlan à Alger. Si l’on reste parfois perplexe face à ses partis pris, il faudra attendre le second volet, en salles le 3 juillet, pour juger de la vision d’ensemble du cinéaste.
Source : LACROIX
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