La guerre et les enfants

Publié le par CERCLE SAINT-PIERRE

Iran, Gaza, Ukraine : comment parler des conflits aux enfants ?

Par Paula Pinto Gomes

Les spécialistes invitent à expliquer les conflits en cours aux enfants quel que soit leur âge. (Photo d’illustration) Marco - stock.adobe.com

Guerre au Moyen-Orient, dans la bande de Gaza ou en Ukraine… Les conflits à la une de l’actualité n’échappent pas aux enfants. Comment leur en parler sans les inquiéter ? Des spécialistes invitent à trouver des mots justes, adaptés à leur âge, pour expliquer le monde tout en les rassurant.

« Encore une guerre ? Il y en a marre », a lâché Walter, 12 ans, en entendant parler des premières frappes américaines et israéliennes en Iran, le 28 février dernier. Encore une guerre, après celle qui sévit en Ukraine depuis quatre ans. « Il y avait un côté un peu désespéré dans sa remarque, analyse son père. C’était une façon de dire : “Vous les adultes, vous n’arrêtez pas. »

Comment réagir face à l’inquiétude des enfants vis-à-vis de la guerre, même lointaine ? « Quel que soit leur âge, il ne faut surtout pas leur cacher la réalité », conseille la pédopsychiatre Marie Rose Moro, cheffe de service de la Maison de Solenn et auteur de Bye bye l’angoisse ! (Casterman, 2025). « Les enfants, et même les bébés, perçoivent très bien que quelque chose a surpris les adultes, les a inquiétés et pèse sur leur quotidien. Il faut leur traduire ce qui se passe dans le monde de manière authentique et avec des mots adaptés à leur âge, tout en les protégeant. »

Car pour eux c’est « la double peine », poursuit la spécialiste. « Les enfants sont touchés comme les adultes par la guerre, la violence, la mort, mais ils perçoivent aussi l’inquiétude et l’angoisse de leurs parents qui sont censés être forts et les protéger. »

« Pas besoin de grands développements »

Mais alors que dire à un bébé ou à un enfant de moins de 3 ans ? « Même s’ils ne savent pas ce que sont la guerre et la mort, on peut leur dire qu’il se passe quelque chose d’inattendu, on peut même utiliser le mot “guerre, mais il faut montrer qu’on maîtrise la situation, préconise Marie Rose Moro. À cet âge, on n’a évidemment pas besoin de grands développements. »

La pédopsychiatre déconseille en revanche de laisser la télévision allumée devant les jeunes enfants. La radio, elle, serait moins néfaste, selon elle : « Si les parents ont l’habitude de l’écouter, ils doivent continuer et si on y parle trop de la guerre, il faut dire aux enfants qu’il se passe quelque chose d’inhabituel, mais qu’on résiste et que chacun – les pays, les armées, peut-on préciser quand ils comprennent de quoi il s’agit – fait ce qu’il doit faire. La passivité devant la violence, c’est ce qui les inquiète le plus. »

Lorsque l’enfant rentre à l’école, il entend parler de la guerre dans la cour de récréation ou en classe et commence à poser des questions. « Il faut leur répondre, objectivement, simplement, avec un vocabulaire accessible, en essayant de ne pas transmettre ses angoisses, propose Marie Rose Moro. Et si on ne sait pas, on le dit. Les enfants ont besoin qu’on leur dise la vérité, sans dramatiser parce que si on se tait, si on leur cache la réalité, ils pensent que c’est vraiment grave et s’imaginent le pire. »

Pour ne pas augmenter leur inquiétude, il est toutefois important « d’insister sur le fait que cette guerre ne les touche pas directement et que leur vie ne va pas changer ». Il faut aussi choisir d’aborder le sujet à un moment « tranquille, mais pas à l’heure du coucher », précise la pédopsychiatre.

« Ne pas transmettre son angoisse »

Avec des adolescents, les parents peuvent, en revanche, avoir de vraies discussions parce qu’« ils posent des questions géopolitiques, des questions de sens, de justice », observe la spécialiste. « Il faut pouvoir répondre de manière plus argumentée, plus objective. Et si on ne sait pas, on cherche ensemble ou on écoute ensemble une émission. Mais à eux non plus, il ne faut pas transmettre son angoisse. »

Rédacteur en chef d’Okapi, un magazine pour les 10-15 ans du groupe Bayard (également éditeur de La Croix), Jean-Yves Dana est régulièrement amené à réfléchir à la manière de parler aux préadolescents et aux adolescents de la violence et de la guerre. « Avec le conflit en Ukraine, on a tenté d’expliquer les raisons profondes qui ont conduit la Russie à envahir son voisin, en s’interrogeant sur ce qu’on pouvait montrer ou pas. Même chose pour Gaza, raconte-t-il. Et aujourd’hui, on prépare un numéro sur la guerre en Iran dans lequel on va essayer d’apporter des éléments de compréhension pour nourrir la curiosité des adolescents, sans édulcorer la situation mais en essayant de ne pas augmenter leur inquiétude. » Un équilibre subtil.

Source : LACROIX

Publié dans Divers

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